Prières Intemporelles des Rois d'hier à ceux d'Aujourd'hui

A l'heure où les va t'en guerre gouverne-mentaux pullulent et s'agitent comme des macarons hystériques dans une poêle à frire, on ne peut qu'être perplexe et dubitatif entre le contraste et la dissonance qui existent entre ceux qui en parlent et ceux qui l'ont vraiment fait, la guerre.
A regarder par exemple l'interview de Brut "L'INTERVIEW D'AYMERIC: 'Il a dirigé l'armée française, il raconte la guerre'
Le général François Lecointre raconte la bestialité du combat au corps à corps, la peur, la vie de famille d'un militaire, le rapport de la France à son armée :. Les Français sont-ils prêts à une guerre ? Les militaires sont-ils suffisamment considérés ? Que se passe-t-il dans la tête d'un soldat sur le champ de bataille ? Comment surmonte-t-on l'horreur des combats ? Comment forme-t-on un soldat ? Autant de questions auxquelles répond, dans cette conversation d'une heure, celui qui fut le chef d'état-major des armées françaises de 2017 à 2021 (sous la présidence d'Emmanuel Macron), mais aussi chef du cabinet militaire du Premier ministre de 2016 à 2017 (lors des gouvernements Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe) et qui est aujourd'hui grand chancelier de la Légion d'honneur ainsi qu'auteur d'un livre, intitulé "Entre guerres", qui retrace son parcours et raconte sa philosophie de la guerre."
Ce qui est frappant ce sont autant les mots que le langage silencieux du corps de cet homme, soldat de l'extrême, mais humain avant tout, chez lequel on devine au détour de ses expressions, gestes furtifs des mains, regard et rayonnement, le contresens de la vie, lourd de conséquences. Pour ceux qui ne le savent pas encore, non, la guerre n'est pas un jeu.
Ceci me ramène immanquablement à un autre champ de bataille, à une autre époque, et plus particulièrement à cette grande guerre fratricide des temps védiques: la bataille de Kuruksetra, que raconte la Bhagavad Gita. Certes il y a 5000 ans, la guerre y était très codifiée, comme l'époque à laquelle elle appartenait: On se combattait et s'entretuait le jour et au coucher du soleil, tous festoyaient amicalement ensemble. Impensable et incompréhensible aujourd'hui où les notions d'ami et d'ennemi sont totalement cloisonnées. Mais le plus extraordinaire au final, c'est que, quelle que soit l'époque, les us et les coutumes, le lieu, la culture, l'espace ou le temps, les motifs qui déclenchent la guerre, eux, restent les mêmes. Curieux n'est ce pas?
On a paradoxalement par contre, tendance à penser faussement que l'évolution est une forme de ruban linéaire dans une graduation, forcément avantageuse pour notre esprit, de type crescendo: avant c'était forcément moins évolué que maintenant. Du coup, on a de fait vite rangé dans la catégorie mythologie et conte de fées, des histoires qui racontaient l'Histoire de l'humanité.
En fait, l'histoire nous amène à comprendre et à envisager l'évolution comme un cheminement en spirale: Telle la course des planètes derrière le soleil, nous évoluons individuellement et collectivement dans une succession de cycles évolutifs ou involutifs, au gré des impulsions de conscience suivant un ordre rigoureux et immuable: conception, naissance, émergence, croissance, maturité, stabilité, déclin, chute, perte, déliquescence, transformation (l'autre mot pour la mort).
Et c'est souvent quand nous avons tout perdus, que s'ouvrent nos yeux...ceux du cœur, de l'esprit ou de l'âme. Jacques Prévert ne disait il pas: "On reconnait le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va"?
Le manque propulse...
Dans "le livre de Krishna", (extrait du 10eme chant du Srimad Bhagavatam, compilé et traduit du sanskrit en anglais par Sa Divine Grace A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada 1896-1977), se trouve l'histoire de 20800 rois, tous très puissants, qui régnaient à l'époque védique sur toute la surface du globe, chacun dans son royaume. Par la force des choses, ils furent vaincus et pris en otage, emprisonnés durant des décennies par Jarasandha, un roi encore plus puissant qu'eux tous réunis. L'histoire raconte comment Krishna, Dieu la Personne Suprême est finalement venu pour les délivrer.
Il est étonnant de lire les prières ferventes exprimées par ces rois reconnaissant et plein de gratitude, qui après avoir tout perdus, ont finit par réaliser qui siège vraiment sur le trône. Ce qu'ils disent est vibrant d'actualité. Puisse ce message intemporel exprimé il y a 5000 ans, ouvrir le cœur, les yeux et la pensée des humains d'aujourd'hui:
« Cher Seigneur, ô Personne Suprême, Maître de tous les devas, Tu peux dans l'instant effacer toutes les misères de Tes dévots, car ils se sont tout entiers abandonnés à Toi. Ô Śrī Krishna, ô Dieu éternel de félicité et de connaissance spirituelle et absolue, Tu es impérissable : nous offrons notre hommage respectueux à Tes pieds pareils-au-lotus. C'est par Ta miséricorde immotivée que nous avons été libérés de la prison où nous avait enfermés Jarāsandha, et nous T'implorons à présent de nous libérer des chaînes de l'énergie illusoire qui nous gardent prisonniers de l'existence matérielle. Mets donc un terme, nous T'en prions, au cycle interminable de nos naissances et de nos morts. Nous avons maintenant une expérience suffisante de la misérable condition matérielle où nous nous trouvons pleinement absorbés ; en ayant goûté l'amertume, nous avons résolu de prendre refuge à Tes pieds pareils-au-lotus. Cher Seigneur, ô Vainqueur du monstre Madhu, nous pouvons maintenant voir avec clarté que Jarāsandha n'a commis aucune faute envers nous. C'est en vérité Ta miséricorde immotivée qui nous a privés de nos royaumes, car nous tirions grand orgueil de nos titres de rois et de maîtres.
Tout dirigeant qui s'enorgueillit outre mesure de son prestige et de ses pouvoirs, perd l'occasion de comprendre sa véritable position originelle ainsi que la vie éternelle. Ces insensés, sous le nom de chef ou de roi, tirent vanité de leurs positions par l'influence de Ton énergie illusoire ; ils sont tel l'étourdi qui tient un mirage dans le désert pour une véritable oasis. Les sots croient que leurs possessions matérielles les protégeront contre tous maux, et ceux qui s'adonnent aux plaisirs des sens acceptent bien à tort cet univers matériel comme un lieu de jouissance éternelle. Ô Seigneur, ô Personne Suprême, il nous faut reconnaître qu'avant ces tribulations, nous étions enflés d'orgueil du fait de nos atouts matériels. À cause de l'envie que nous nourrissions les uns envers les autres, et du désir qui nous animait de conquérir nos royaumes respectifs, nous nous sommes tous battus pour la suprématie absolue, au prix même de la vie de nombreux citoyens.
Telle est la maladie inhérente au pouvoir politique. Dès qu'un roi ou une nation devient riche d'atouts matériels, le désir de dominer autrui en l'assaillant de sa force militaire ne tarde pas à se manifester. Dans un même ordre d'idée, les commerçants aspirent au monopole d'un certain type de commerce, ou à la domination de leurs concurrents. Ainsi, dégradée par la vanité, et infatuée de ses valeurs matérielles, la société humaine, plutôt que de chercher à s'élever dans la Conscience de Krishna, provoque le désordre et trouble la paix générale. Et les hommes en oublient naturellement le véritable but de l'existence : atteindre la faveur de Śrī Vishnu, Dieu, la Personne Suprême.
Les rois poursuivirent : « Ô Seigneur, à seule fin de satisfaire nos caprices politiques, nous conduisions simplement, pure abomination, nos citoyens à la mort, les incitant à se faire massacrer sans nécessité. Nous ne considérions point que Ta Grâce Se trouve à jamais présente devant nous sous la forme de la mort cruelle. Si grande notre sottise que nous causions la mort d'autrui sans songer à la nôtre propre, si imminente. Mais, cher Seigneur, la vengeance du facteur temps, lui qui Te représente, est pour le moins implacable ; il jouit d'une puissance telle que nul se saurait échapper à son emprise. Nous avons donc dû subir les conséquences de nos actes monstrueux, si bien que nous voilà à présent privés de tout, et debout devant Toi tels de pauvres hères mendiant dans les rues. Mais nous tenons notre position présente pour le résultat de Ta miséricorde pure et immotivée sur nos têtes, car nous comprenons à présent la vanité de notre orgueil, et que nos biens matériels peuvent nous être retirés en un instant si telle est Ta volonté. Et toujours par Ta grâce sans fin, et par elle seule, nous voilà à même de méditer sur Tes pieds pareils-au-lotus. Voilà bien le plus important de nos gains."